On en parle depuis quelques années mais cette fois-ci c'est acquis,
le HTML 5 inonde le web.
En tant que professionnel, webmaster depuis 1999 en tout cas,
je peux vous dire que l'arrivée de ce nouveau standard de formatage
des pages web n'est pas véritablement une révolution. D'ailleurs,
toutes les spécifications ne sont pas encore fixées... Alors comment
appréhender ce qui s'annonce comme une révolution ?
A mon sens, il faut bien dissocier 2 choses : le pourquoi
et le comment.
LE POURQUOI
Je commence effectivement à mettre en place quelques sites en
HTML 5 même si ces sites ne sont pas "totalement" en
HTML 5. Je m'explique : il me semble bien qu'il s'agit plus pour
moi en tout cas dans le développement des sites que je gère, d'une
officialisation de pratique qui se sont peu à peu consolidés au
fil des ans et qui se révèlent être aujourd'hui des évidences.
Et notamment grâce l'émergence des CMS (Joomla!, Wordpress, Prestashop...)
et leur succès auprès d'un large public, aussi des professionnels
que des simples passionnés, ayant pris goût aux subtilité du langage
de balise et des styles CSS complété par les apports incontestables
des fonctionnalités avancées de Javascript (Mootools, jQuery...).
On voit bien que tout ces développements, qui sont désormais très
rapides par rapport aux début du web fin 90 début 2000, ont largement
contribué à la popularité d'internet et à sa pénétration dans une
large part des foyers et des bureaux. La rançon du succès qui provient
d'une maturité des techniques et des utilisateurs.
Selon moi cependant, à y regarder de plus près, le HTML 5 ne fait
qu'officialiser et consolider des pratiques qui intuitivement ont
été mises en oeuvre par une large part des acteurs du métier. Une "têtière",
une barre de navigation, un "footer", des contenus
enrichis... Ils suffit de visiter les portails des généralistes
ou les sites "corporate" pour voir que dans
leur construction ils se ressemblent tous. Ergonomie, déplacement
dans le site, nommage des liens, besoins d'interactivité... tous
cela n'a pas été fait au hasard mais à la suite d'années d'expérience "utilisateur" et
d'études plus ou moins sophistiquées.
Reste bien évidemment les "+" qui sont notamment la
apport des balises de média (canvas, video, audio...) qui apporte
une vraie portabilité et permettent un allégement du code précédemment
mis en oeuvre pour l'insertion de contenus enrichis.
LE COMMENT
On est véritablement bluffé par ces sites web qui sortent de l'ordinaire,
avec de belle polices, des contours de blocs arrondis, des ombrages
parfaits, des carrousels fluides, bref par ces pages qui semblent
être de véritables documents entièrement maquettés sous Photoshop
et mise en ligne tel quel. Plaisant à regarder, facile à lire,
des menus dynamiques en veux-tu en voilà, des onglets surgissant
à droite à gauche... Comme si tout devenait possible grâce au HTML
5.
Mais est-ce vraiment la révolution tant vantée ? Je ne le crois
pas. En tant que webmaster, je sais bien que souvent les contraintes
techniques priment sur les aspects purement esthétiques d'un site.
La création d'un site internet demande de prendre en compte des
standards afin d'atteindre un bon équilibre entre une ergonomie
efficace et un chartage pertinent. Or, le HTML 5 malgré ses promesses
pêche encore... par ses excès. Comme au début des années 2000 avec
le lancement de logiciels de création graphique orienté web (Fireworks puis Photoshop
7), on s'est mis à user et abuser des effets graphiques inutiles
(ombrages, biseaux, lueurs) et des fonctionnalités
superflues (livre d'or, page d'aide...) juste
pour le plaisir de montrer que l'on savait le faire et pour être
dans le ton des graphisme de l'époque. C'est un peu la même chose
aujourd'hui avec le HTML 5. A peine découvert la puissance d'une
balise "canvas" ou d'un style css de fou (radius, shadow...),
je peux vous dire qu'on ne peut plus s'en passer... Il faut bien
sûr reconnaître que d'autres balises à valeur sémantique (head, article, footer, button...)
ou certains attributs (media, autofocus, required...)
vont bien évidemment devenir incontournables, mais qu'en est-il
des autres qui resteront dans l'oubli (output ? keygen ?...)
Et que se passe-t-il si les fonctions javascript du navigateur
sont désactivées ou si la machine est un peu poussive par manque
de mémoire ou dépendante d'un débit lent ? Et que dire de ces ligne
de hack en haut de page pour IE 6, IE7, IE 8... A déprimer...
A mon avis, et c'est comme cela que je procède actuellement, j'ai
vais peu à peu "migrer" vers l'usage de ces
nouvelles balises et probablement sans même finalement m'en rendre
compte. Et l'évidence de son utilisation se fera avec des choses
aussi essentiel que la gestion des contenus Ajax en vue du référencement
ou la portabilité de ce format lorsqu'il faut les adapter aux nouvelles
plateformes déjà disponibles (PC, tablettes, smartphone...)
Par contre, la vrai question est celle du couplage HTML 5 / CSS
3 avec les Javascript et ses avatars. On se retrouve dans une situation
où le code va prendre le pas sur le design : je constate, et vous
pouvez le vérifier vous-même en regardant la "source" des
pages, que l'on charge parfois une nombre démesuré de scripts pour
gérer les polices "exotiques", les effets du
diaporama, sans parler du fichier de version de "framework" utilisé.
On se retrouve à charger 300 ko de scripts pour 12 ko de simple
contenu sémantique, ce qui me semble vraiment excessif.
D'un autre côté, on limite l'accès des pages au plus grand nombre
ce qui contrevient à l'un des principes fondamentaux du web : l'accessibilité.
Et oui, Internet Explorer 7 et même le 6 sont encore utilisés par
beaucoup d'internautes. De mon côté, je vérifie bien que mes pages
ne sont pas trop dégradées sur ces navigateurs qu'il est un peu
trop facile de qualifier d'obsolète (le temps joue en
notre faveur).Je sais..., mais on ne peut pas se couper trop rapidement
de ce public-là, surtout lorsqu'on a affaire à des clients ayant
un petit budget, peu de contenus et de mise à jour, et qui visent
des niches ciblées localement, ce qui les amènent à ne pas avoir
besoin de dégainer l'artillerie lourde pour simplement se faire
une place sur le toile... et ces clients là, c'est quand même plus
de 95% des clients potentiels du marché actuellement... Eh oui,
il n'y a pas que des sites de graphistes inspirés ou de bloggeur
high-tech dans le monde de l'internet. On comprend bien que dans
leur cas, il faut bien se démarquer de la concurrence. Et le HTML
5 se résument pour l'instants à ces sites au profil bien particulier.
Pour le reste, le contenu primera toujours sur le contenant et
dans 10 ans, je fais le pari que le HTML 4 sera encore vivant !
Alors dans mon cas, mon choix est fait : une montée en puissance
en forme d'évolution plus que de révolution, et surtout, rester
à l'écoute des clients sans trop imposer de choix esthétiques ou
techniques qui ne seront finalement la plupart du temps qu'anecdotiques.
Mais je pense que vous rencontrerai facilement d'autres professionnels
qui vous feront la démonstration du contraire avec des arguments
tout aussi pertinents !
Affaire à suivre alors...
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